« 13 octobre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 199-200], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10765, page consultée le 24 janvier 2026.
13 octobre [1843], vendredi matin, 10 h.
Bonjour mon Toto adoré, bonjour mon cher amour, bonjour, bonjour. Je vous dis que
je
vous aime, êtes-vous sourd ? Pauvre adoré comment va ta petite oreille ? Je n’attends
pas grand-chose de cette nuit mais cela ne peut point faire de mal. J’aurais voulu
que
M. Louis te donne un conseil pour te
débarrasser tout à fait de cette douleur d’oreille que tu as gardée trop longtemps
[illis.]
Comment s’est comporté le réveil de Charlot ? Ce pauvre Charlot a bien de la peine à rester dans les études
de son programme qui sont cependant assez forcées comme ça sans les augmenter encore.
Quant à moi, j’accepterais de grand cœur le programme tel qu’il est et bien plus
encore si je devais avoir tous les jours une leçon de latin comme celle d’hier et
vous
pour professeur tous les jours. Je vous assure que je ferais de rapides progrès dans
les longues et dans les brèves et
que je scanderais des vers latins à la pointe de la langue
en très peu de temps et que je traduirais les satiresa d’Horace par dessus la jambe. Jadis d’un
vieux figuier j’étais le tronc stérile,Pour vous j’ai des chansons et pour elle autre chose.
Malheureusement vous ne voulez pas de moi pour élève et pas beaucoup non plus pour
AUTRE CHOSE. Je reste dans mon ignorance et dans mon isolement. Cependant, mon amour,
je vous préviens qu’à partir de demain je vous tourmenterai tous les jours pour que
vous veniez tous les jours me faire des traductions de Virgile et d’Horace et autre
chose. Baisez-moi mon amour chéri et ne vous fâchez pas quand je vous dis mon Horace
non expurgé. Je vous dirais encore bien autre chose si j’étais votre nymphe Églé1 et
que vous vous voulussiez bien payer votre rançon et je ne vous barbouillerais pas
de
mûres comme celle de la satireb.
Baisez-moi mon Toto. Aimez-moi je le veux et tâchez de venir dans la journée, je
vous en prie de toutes mes forces. En attendant je vous baise de tout mon cœur.
Juliette
1 Églé, une des trois Hespérides, la plus belle des naïades.
a « satyres ».
b « satyres ».
« 13 octobre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 201-202], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10765, page consultée le 24 janvier 2026.
13 octobre [1843], vendredi soir, 4 h. ¾
Ma rapacité va encore montrer ses cormes, mon adoré, si
vous ne vous dépêchez pas de m’apporter votre chère petite frimousse à baiser. Je
trouve déjà que vous ne vous gênez pas de faire poser des
vitraux gothiques quand je vous attends. Je recommence à
trouver que vous aimez beaucoup trop votre chez vous et pas assez le mien. Bref je
suis en train de retomber dans ma hideuse avarice. Vous n’êtes pas gentil,
convenez-en, de ne pas venir me voir une pauvre petite minute dans la journée ? Si
vous trouviez le temps aussi long que moi, mon cher amour, vous laisseriez bien vite
tous vos arrangements de côté pour venir me baiser un pauvre petit moment de rien
du
tout.
Il fait un froid de loup. Jourdain m’a envoyé dire ce matin qu’il ne pouvait venir que mardi, ce
qui me contrarie vu la douceur de la température. Je te prierai bien instamment, mon
Toto, de me mener demain à la pension. Ce sera encore une épine de moins que j’aurai
dans le pied. Quelles que soienta tes occupations intérieures, il faudra prendre un moment pour m’y
conduire, n’est-ce pas mon Toto chéri ?
J’ai un peu mal à la tête ce soir mais
j’attribue cela au froid qu’il fait aujourd’hui. Prends garde de ne pas attraperb de courant d’air toi et de ne pas
t’enrhumer. C’est un soin qu’il faut que vous ayez tous les deux plus que personne,
mes deux Toto1 bien-aimés, je vous en prie de toutes mes
forces et je vous baise de tout mon cœur tous les deux.
Juliette
1 Le second Toto est François-Victor Hugo.
a « quelque soit ».
b « attrapper ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
